Céphalées

En préambule : les définitions importantes

Céphalée : correspond à toute plainte douloureuse centrée sur la région crânienne.

Nerf trijumeau : c’est le plus volumineux des nerfs crâniens et, comme son nom l’indique, il présente trois ramifications.
Il émerge du système nerveux central à la face latérale du tronc cérébral. Après un court trajet dans le liquide céphalo-rachidien jusqu’au ganglion de Gasser, il se divise en 3 branches (nerfs ophtalmique V1, maxillaire V2 et mandibulaire V3), destinées à l’innervation sensitive de la face, qui sortent de la boîte crânienne par 3 trous différents. Le nerf mandibulaire contient également des fibres motrices destinées aux muscles masticateurs. 
Le nerf trijumeau est impliqué dans la migraine mais aussi dans d’autres céphalées.

Névralgie : il s’agit de l’irritation d’un nerf, souvent sensitif, associée à des douleurs « semblables à des décharges électriques”, résume le Dr Alexandre Morin, neurologue à la Pitié-Salpêtrière (Paris).  
La névralgie peut toucher différents nerfs pendant des périodes de temps variables : plusieurs jours, semaines, parfois des années. Elle se manifeste généralement par des douleurs paroxystiques spontanées ou déclenchées par divers stimuli.

Qu’est-ce que les céphalées ? 

Il existe plus de 200 types de maux de tête différents.

Certains troubles de céphalées secondaires sont graves, particulièrement ceux qui impliquent le cerveau, comme la méningite, une tumeur cérébrale, ou un saignement dans le cerveau (hémorragie intracérébrale).

La fièvre peut provoquer des céphalées, comme de nombreuses infections qui n’impliquent pas forcément le cerveau. Ces infections comprennent la maladie de Lyme, la fièvre pourprée des montagnes Rocheuses et la grippe.

Les céphalées se produisent fréquemment lorsque les personnes arrêtent de consommer de la caféine ou arrêtent de prendre des antalgiques après les avoir utilisés pendant longtemps (céphalées par surconsommation de médicaments).

Contrairement à ce que la plupart des personnes pensent, la fatigue visuelle et l’hypertension artérielle (sauf pour des hypertensions artérielles extrêmes) ne provoquent généralement pas de céphalées

On distingue néanmoins 2 grandes catégories : 

  • Les céphalées primaires,
  • Les céphalées secondaires.

Une céphalée primaire est une céphalée survenant sans aucun lien avec une autre pathologie, une anomalie ou un traumatisme identifiable. Elle correspond à une pathologie en elle-même. L’examen clinique d’une céphalée primaire est le plus souvent normal. On ne retrouve pas d’autre pathologie, anomalie ou traumatisme que l’on puisse raisonnablement penser être liés à la céphalée.

Une céphalée secondaire est, quant à elle, due à une pathologie, une anomalie ou un traumatisme identifiable qui, s’il/elle est traité.e, peut permettre la disparition de la céphalée.

La pratique d’un examen complémentaire (scanner ou IRM) est justifiée en cas de signes cliniques atypiques évoquant une céphalée secondaire.

Attention à ne pas s’auto-diagnostiquer.

Les symptômes décrits tout au long de cette page pour chaque type de céphalée ne sont que des indications. Le médecin prend en compte de nombreux paramètres qui ne sont pas liés aux pathologies listées.

Vous connaissez votre maladie. Si les symptômes se modifient, si la douleur devient différente ou plus intense, l’avis d’un médecin est indispensable. Il évaluera si cela est toujours lié à votre type de céphalée, s’il s’agit d’un autre type de céphalée, ou si cela correspond à l’apparition d’une céphalée secondaire.

Céphalées primaires

  • Céphalées de tension

La céphalée de tension est très fréquente, avec une prévalence au cours de la vie dans la population générale allant de 30 % à 78 %, selon diverses études. La plupart des malades sont soulagés par des antalgiques courants et ne consultent pas.

La céphalée de tension est ressentie comme une pression ou, comme son nom l’indique, une tension – un peu comme un bandeau ou un casque enserrant la tête, irradiant parfois jusqu’au cou. On a l’impression très désagréable d’avoir la tête serrée dans un étau. Cette sensation de pression est ressentie des deux côtés de la tête.

Les céphalées épisodiques peuvent durer au minimum 30 minutes moins d’un jour par mois à des céphalées continues sur 7 jours.

Critères diagnostiques :

Au moins 10 crises correspondant aux critères suivants :

  • Douleur bilatérale légère à modérée
  • Douleur à type de serrement, pression
  • Non aggravée par le mouvement
  • Absence de symptômes digestifs
  • Une légère sensibilité au bruit ou à la lumière peut être rapportée mais pas les 2 ensemble
  • Pas d’explication par une autre pathologie

On distingue les céphalées de tension épisodiques (moins de 15 jours par mois) et les céphalées de tension chroniques (plus de 15 jours par mois).

La tenue d’un agenda de vos douleurs est indispensable.

Cause :
Malgré leur très grande fréquence, on ne connaît pas vraiment la cause de ces céphalées. La recherche clinique permet d’émettre des hypothèses. Dans le cas de la forme épisodique, les mécanismes reposeraient essentiellement sur des facteurs musculaires. Dans les formes chroniques, un mauvais fonctionnement du système de la douleur est suspecté.

Différences avec la migraine :

  • Pas de symptômes digestifs : nausées, vomissements.
  • La douleur n’est pas aggravée par le mouvement.
  • L’intolérance au bruit ou à la lumière est rare et légère.
  • La crise cède avec des antalgiques courant tel le paracétamol (Doliprane, Efferalgan, Dafalgan). Prudence : le paracétamol à haute dose et pris sur une longue période est toxique pour le foie. Il faut impérativement consulter si vous sentez que les céphalées se répètent trop souvent, que vous en prenez plusieurs fois par jour et plus de 8 jours par mois.

Pour toutes ces raisons, les patients sont souvent sous-diagnostiqués. Ils traitent leurs céphalées sans en parler au médecin. Quand les crises se multiplient, et par conséquent que la prise d’antalgiques augmente, il faut impérativement consulter.

  • Céphalées Chroniques Quotidienne par Abus Médicamenteux (CCQAM) : 

Il s’agit d’un terme inapproprié, puisqu’il n’y a pas besoin que la céphalée soit quotidienne pour que l’on puisse employer ce terme : c’est la présence d’une céphalée survenant au moins 15 jours par mois depuis au moins 3 mois, associée à une surconsommation en traitement de crise. La plupart des malades y associent une migraine épisodique. Les céphalées surviennent quotidiennement ou presque, souvent au réveil. Des nausées, une irritabilité et des difficultés de concentration peuvent être présentes. La localisation et les caractéristiques de la douleur sont variables.

Ce type de céphalée est caractérisé par des maux de tête pour lesquels la douleur réapparaît dès la fin de l’effet du médicament, ce qui oblige la personne à reprendre des médicaments dès que la douleur revient. C’est en fait le mésusage médicamenteux qui entretient le mal de tête. Encore un cercle vicieux pour les migraineux, plus ou moins évitable.

Les mécanismes de la surconsommation ne sont pas encore élucidés. On suspecte des composantes comportementales, génétiques et de sensibilisation du système nerveux central.

Pour limiter le risque de chronicisation, des recommandations ont été établies.

Ne pas dépasser :

  • 8 jours de prise d’AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) par mois  (Ibuprofène, Naproxène, Advil…)
  • 8 jours de prise de triptans par mois (Sumatriptan, Zolmitriptan, Naratriptan, Élétriptan…)
  • Éviter les opiacés qui sont un grand facteur de chronicisation (Lamaline, Tramadol, Ixprim…), médicaments associant de la codéine.

Prévalence :
Les céphalées par abus de médicaments affectent jusqu’à 2 % de la population, les femmes plus que les hommes.

Différences avec la migraine : La céphalée chronique quotidienne par abus médicamenteux est souvent associée à la migraine ce qui complique le diagnostic. La migraine chronique est définie par au moins 15 jours de céphalées dont au moins 8 jours présentant des caractéristiques migraineuses. La migraine chronique peut aussi être consécutive au mésusage médicamenteux.

  • Nouvelle céphalée persistante quotidienne (NDPH, new daily persistent headache)

C’est également une céphalée persistante, quotidienne dès son apparition. La douleur peut être de type migraineux, de type tensionnel ou comporter des éléments des deux. La NDPH est unique en ce sens que les malades se souviennent de la date exacte à laquelle leur mal de tête a commencé. Elle se caractérise par une douleur quotidienne continue à la tête, qui dure plus de 3 mois, d’intensité variable, et parfois accompagnée de certains symptômes migraineux. Il est important que la NDPH soit diagnostiquée avec soin et correctement après avoir écarté d’autres pathologies pouvant présenter les mêmes symptômes.

Malheureusement, à l’heure actuelle, il n’existe pas de traitements spécifiques à la NDPH.

Critères diagnostiques :

  • Le patient se rappelle précisément à quel moment les céphalées ont commencé.
  • La douleur est constante.
  • Les symptômes constants doivent être présents depuis au moins 3 mois.
  • La douleur est modérée à sévère.
  • Les symptômes peuvent ressembler à ceux des céphalées de tension, de la migraine ou un mélange des 2.

Prévalence :
Des études réalisées en Espagne et en Norvège rapportent une fréquence de 30 à 100 personnes sur 100 000. C’est donc une maladie rare.
Elle peut affecter tout le monde et à tout âge mais plus fréquemment les femmes et les jeunes entre 10 et 18 ans.

Différences avec la migraine :
Aucun antécédent de céphalées.
Début subit et marquant pour le patient.

  • Hémicrânie paroxystique

Il s’agit d’une céphalée unilatérale (un seul côté de la tête), très rare et plus fréquente chez la femme. Les crises sont brèves (2 à 30 minutes) et fréquentes (5 à 30 / jour). Les symptômes de l’hémicrânie se présentent via une douleur intense. Elle est ressentie d’un seul côté du visage, toujours du même côté, à l’intérieur et autour de l’œil. L’œil peut présenter une rougeur, un larmoiement et éventuellement un gonflement ou un affaissement de la paupière. Ces symptômes peuvent être accompagnés d’une congestion nasale et par des signes neurologiques : paresthésie (troubles de la sensibilité), aphasie (perte de la parole). Il n’est pas inhabituel d’observer une photo-phonophobie.

Prévalence :
Elle est estimée à 1 cas pour 50 000 avec une prédominance féminine (7 femmes pour 1 homme).

Causes :
Elles sont encore mal déterminées.

Différences avec la migraine :
Les crises migraineuses sont plus longues que les accès de douleurs ressentis dans l’hémicrânie. Dans le cas de l’hémicrânie, elles se répètent plusieurs fois par jour. La réponse à un médicament, l’indométacine, est aussi un critère indispensable au diagnostic et qui confirme l’hémicrânie.

  • Hypertension intracrânienne spontanée idiopathique (HTIC)  

Elle peut être révélée par une céphalée inhabituelle, ou par une aggravation significative d’une céphalée préexistante. Une « aggravation significative » implique une multiplication par deux ou plus de la fréquence et/ou de la sévérité (conformément à la règle générale de distinction entre les céphalées secondaires et primaires établie par l’IHS). La céphalée prédomine généralement le matin et peut être augmentée par l’hyperpression thoracique (efforts de toux, défécation…) ou le changement de position.

Hormis les céphalées, les patients peuvent rapporter des acouphènes pulsatiles (bourdonnements, sifflements…), un flou visuel voire des éclipses visuelles (perte très transitoire de la vue).

Le diagnostic d’HTIC peut s’avérer difficile ; il requiert l’association d’éléments cliniques et paracliniques. La ponction lombaire est nécessaire afin d’objectiver une pression de liquide céphalorachidien supérieure à 25 cm d’eau. L’imagerie cérébrale peut contribuer au diagnostic en montrant des signes indirects de l’hypertension intracrânienne. De même, l’examen ophtalmologique peut objectiver un œdème papillaire (gonflement de l’émergence du nerf optique au fond d’œil).

Prévalence :
La fréquence est d’1 à 2 sur 100 000 personnes.

Cause :
L’HTIC est caractérisée par une augmentation de la pression intracrânienne, dont les causes sont multifactorielles. Elle survient le plus souvent chez les femmes obèses en âge de procréer.

Différences avec la migraine :
Les céphalées attribuées à l’hypertension intracrânienne idiopathique peuvent imiter la migraine chronique et la céphalée de tension. Cependant, l’HTIC se distingue notamment par la présence de l’œdème papillaire, d’anomalies à l’imagerie cérébrale, ainsi que d’une augmentation de pression du liquide céphalorachidien.

  • Hypotension intracrânienne spontanée 

L’hypotension intracrânienne se présente sous la forme d’une céphalée orthostatique (liée à la mise en position debout), causée par une faible pression du liquide céphalo-rachidien (LCR) d’origine spontanée.

La douleur a généralement une composante positionnelle marquée (pouvant survenir immédiatement après la mise debout ou en position assise, et soulagée rapidement en position allongée). Elle est le plus souvent à type d’étau à l’arrière de la tête et au niveau des cervicales, mais elle peut aussi être frontale ou unilatérale. Elle peut s’accompagner d’une raideur de la nuque et de symptômes auditifs (acouphènes). La douleur est généralement accompagnée de nausées, de vomissements, d’intolérance au bruit et à la lumière.

Le délai de la survenue de la céphalée ou de son soulagement peut être retardé. Cela peut compliquer le diagnostic.

Prévalence :
5 pour 100 000 personnes.

Cause :
Une faible pression intracrânienne du liquide céphalo-rachidien liée à une fuite dudit liquide.

La maladie est dite spontanée car les patients atteints n’ont pas subi d’intervention médicale (comme une ponction lombaire, une chirurgie rachidienne) ou de traumatisme pouvant mener à une baisse de pression. La céphalée s’est développée en relation temporelle avec l’apparition d’une faible pression du LCR ou d’une fuite de LCR ou a conduit à sa découverte.

Pour la diagnostiquer, la ponction lombaire pour mesurer directement la pression du LCR n’est pas nécessaire chez les patients présentant des signes positifs de fuite à l’IRM cérébrale ou médullaire.

Différences avec la migraine :
La nature orthostatique spontanée ainsi que la baisse de pression ou la fuite du liquide LCR distinguent cette maladie de la migraine. La céphalée apparaît debout et disparaît souvent complètement en position allongée. La douleur est continue alors que la migraine survient par crise avec des intervalles plus ou moins long de retour à la normale.

  • Algie Vasculaire de la Face (AVF) 

Elle se caractérise par des crises de douleurs sévères, voire atroces, comparées parfois à un arrachement, ou à un pieu planté dans l’œil d’un seul côté du visage, en général autour de l’œil et de la tempe, mais parfois aussi dans les dents, l’oreille et le cou. Les douleurs sont souvent accompagnées de larmoiement, de congestion ou d’écoulement nasal, d’une fermeture de la paupière, et d’une rougeur de l’œil du côté de la douleur. Le visage peut également rougir et des nausées peuvent accompagner les céphalées. Les patients ont tendance à être agités et irritables durant les crises.

Critères diagnostiques IHS :

  • A) Au moins 5 crises répondant aux critères B à D.
  • B) Douleur sévère ou très sévère, unilatérale, orbitaire, supra orbitaire et/ou temporale, d’une durée de 15 minutes à 3 heures en l’absence de traitement.
  • C) La crise est associée à au moins une des caractéristiques suivantes :
    -> Au moins un des symptômes ou signes suivants, ipsilatéraux (même côté du corps) à la céphalée : injection conjonctivale de l’œil et/ou larmoiement, congestion nasale et/ou rhinorrhée, œdème de la paupière, sudation du front et de la face, myosis et/ou ptosis.
    -> Un état d’agitation psychomotrice.
  • D) De 1 crise tous les deux jours à 8 crises par jour, crises non attribuées à une autre pathologie.

Dans environ 85 % des cas, les crises viennent par périodes de quelques semaines, ne dépassant pas un an, avec des périodes de rémission pouvant durer plusieurs années. Les périodes surviennent chez un même patient assez fréquemment au cours d’une même saison (surtout printemps et/ou automne) et recommencent ainsi tous les ans. Il s’agit là d’une forme épisodique. Plus rarement, l’AVF est ou devient chronique, sans périodes de rémission ou avec des rémissions de moins de 3 mois sur au moins une année.

Prévalence :
Les études divergent sur la fréquence de l’algie vasculaire de la face : la fréquence la plus souvent avancée est d’1 cas sur 1 000.

Cause :
Les mécanismes ne sont pas complètement élucidés. Il existe une activation du système trigéminovasculaire en réponse à des messages nerveux provenant de l’hypothalamus.

Différences avec la migraine :
Même s’il existe des points communs, il s’agit de deux maladies différentes, qui se traitent différemment. Les migraines atteignent plus souvent les femmes, alors que l’AVF atteint 3 hommes pour 1 femme. Les crises d’AVF durent moins de 3h, alors que les migraines durent plus de 4h. L’AVF a tendance à évoluer par périodes de crises aux mêmes périodes de l’année, entrecoupées de rémissions de plusieurs mois (par exemple, 3 semaines de crises chaque hiver…). Les personnes souffrant d’algie vasculaire de la face, contrairement à celles souffrant de migraine, ont plutôt tendance à être agitées pendant les crises (déambulent, se serrent la tête…). En cas de doute diagnostique, le recours à un médecin expérimenté sera nécessaire.

  • Névralgie du trijumeau 

La douleur de la névralgie du trijumeau survient dans le territoire d’une ou plusieurs branches du nerf trijumeau, nerf crânien assurant l’innervation sensitive de la face et d’une partie du crâne. La douleur, généralement décrite comme une décharge électrique, brève et intense, survient toujours du même côté chez un individu donné.

Lors des crises, des mimiques faciales avec crispation sont possibles, comme un tic douloureux. Les accès sont récidivants, avec une fréquence pouvant aller jusqu’à 100 fois / jour. La douleur est souvent déclenchée par le contact avec certaines zones du visage ou de la cavité buccale, appelées zones gâchettes. Par conséquent, certains patients évitent de parler, de manger, de s’embrasser ou de boire. D’autres activités comme le rasage ou le brossage des dents peuvent également déclencher de la douleur. Dormir sur le côté atteint est souvent intolérable et même le vent qui effleure la joue peut amener à une vive douleur. Les crises peuvent récidiver sur plusieurs jours ou semaines, suivies d’une rémission pendant des mois ou des années.

Prévalence :
La névralgie du trijumeau est peu fréquente : 10 hommes sur 100 000 et 20 femmes sur 100 000, avec environ 5 (hommes) à 7 (femmes) nouveaux cas par an pour 100 000 (source : Vidal. Elle affecte généralement les sujets de plus de 50 ans.

Cause :
Une compression du nerf par un vaisseau sanguin est souvent retrouvée à l’imagerie cérébrale, mais n’est ni nécessaire ni suffisante pour poser le diagnostic.

Différences avec la migraine :
La migraine se distingue par une douleur plus prolongée, contrairement aux pics de douleurs que cause la névralgie du trijumeau. De plus, les périodes de rémission de la migraine ne durent généralement pas des mois ou des années comme dans le cas de la névralgie du trijumeau.

  • Syndrome SUNCT 

La céphalée névralgique unilatérale brève avec injection conjonctivale (ou SUNCT) est une affection rare qui ressemble à l’algie vasculaire de la face. Elle provoque généralement des accès de douleur courts mais fréquents autour de l’œil, d’un côté de la tête. La douleur est modérée à sévère, en coup de poignard ou brûlure. La douleur dure entre 1 seconde et 10 minutes, et se répète en moyenne 28 fois par jour, parfois bien plus. L’œil affecté est rouge et les larmoiements sont fréquents. Le syndrome SUNCT est souvent rebelle à tout traitement, hormis des antiépileptiques.

Prévalence :
Elle est estimée à environ 1/15 000. On observe une légère prédominance masculine (ratio hommes/femmes étant de 1,5/1). L’âge moyen au début de la maladie est d’environ 50 ans. Un petit nombre de cas de syndrome SUNCT a été rapporté chez l’enfant.

Cause :
Elle fait partie des céphalées trijémino-autonomiques car le nerf trijumeau est activé.

Différences avec la migraine :
Le syndrome SUNCT comprend des accès de douleurs plus brèves, un larmoiement de l’œil qui n’est normalement pas présent dans la migraine, et une réponse préférentielle aux antiépileptiques.

  • Névralgie occipitale dite d’Arnold

Le nerf d’Arnold comprend 2 branches : nerf occipital inférieur et nerf occipital supérieur. Ce nerf joue deux grands rôles : un rôle moteur car il intervient dans la mobilité du cou, et un rôle sensitif puisqu’il nous permet de sentir notre cuir chevelu.
Plus précisément, les nerfs d’Arnold gauche et droit partent de la nuque et remontent vers le crâne.

La névralgie d’Arnold peut entraîner des douleurs vives, lancinantes partant de la nuque jusqu’au sommet du crâne. Dans certains cas, elles peuvent s’étendre jusqu’à l’œil. Il s’agit d’une douleur décrite comme une sensation de décharges électriques ou de coups de poignard, qui peut être accompagnée de vertiges pendant quelques secondes à quelques minutes.

À noter que les douleurs paroxystiques peuvent être spontanées ou bien déclenchées par les mouvements du cou. Souvent très intenses et chroniques, elles peuvent s’étendre au visage (front, tempes, mâchoire, oreilles etc.). Une hypersensibilité ou au contraire un engourdissement du cuir chevelu est aussi caractéristique de ce type de problématique. Généralement, un seul des nerfs est touché et la douleur est unilatérale.

Dans la forme chronique, des douleurs neuropathiques peuvent être présentes en permanence et s’étendre jusqu’aux épaules.

Critères diagnostiques :

  1. Douleur unilatérale ou bilatérale dans la ou les distribution(s) des nerfs grand, petit et/ou troisième occipitaux et répondant aux critères 2 et 3.
  2. La douleur a au moins deux des trois caractéristiques suivantes :
    1. Se reproduisant dans des crises paroxystiques d’une durée de quelques secondes à quelques minutes
    2. Sévère en intensité
    3. A type d’élancement, coup de poignard ou piqûre.
  3. La douleur est associée aux deux éléments suivants :
    1. Dysesthésies et/ou allodynie lors de stimulations anodines du cuir chevelu et/ou des cheveux.
    2. L’un ou l’autre des éléments suivants :
      • a) sensibilité au niveau des branches nerveuses affectées
      • b) points gâchettes à l’émergence du nerf grand occipital ou dans la distribution de C2
  4. La douleur est atténuée temporairement par un bloc anesthésique local du ou des nerfs touchés.
  5. Pas mieux expliqué par un autre diagnostic ICHD-3.

Prévalence : 
La névralgie d’Arnold est très rare et on ne connaît pas vraiment sa fréquence.

Cause :
Le nerf d’Arnold peut être comprimé par des vertèbres ou une contraction musculaire intense et constante.

Différences avec la migraine :
Elle peut être confondue avec la migraine à cause de son caractère unilatéral et des douleurs dans le cou qui sont souvent présentes dans la migraine. Toutefois, le caractère bref et en décharges électriques des douleurs sera en faveur de la névralgie d’Arnold. La description des douleurs par le patient, un interrogatoire précis accompagnés d’un examen clinique peuvent aider au diagnostic.

  • Syndrome SADAM (syndrome algo-dysfonctionnel de l’articulation temporo-mandibulaire)

Dans ce syndrome, la céphalée est symptomatique de la mise en tension excessive des muscles de la mâchoire. La douleur se situe généralement dans la région occipitale, à l’arrière de la tête et temporale. Des acouphènes et des douleurs à l’oreille peuvent y être associés.

Cause :
Une anomalie anatomique constitutionnelle, un traumatisme, des soins dentaires… Le diagnostic et la prise en charge relèvent de la stomatologie et de la médecine ORL.

LES DRAPEAUX ROUGES : VIGILANCE

  • Douleur à la tête subite et très intense.
  • Douleur à la tête avec de nouveaux symptômes.
  • Douleur à la tête intense qui ne s’arrête pas.
  • Douleur intense avec fièvre.
  • C’est la première fois que vous avez mal à la tête avec une douleur intolérable.
  • Toutes les personnes présentes dans le logement ont mal à la tête. 

 

Céphalées secondaires

Principales causes de céphalée récente d'appartion brutale

1. Hémorragie sous-arachnoïdienne (HSA)

  • L’HSA ou hémorragie méningée est la cause de 10 à 30 % des céphalées brutales.
  • L’HSA est due dans 85 % des cas à la rupture d’un anévrisme intracrânien.
  • La céphalée typique est explosive, en coup de tonnerre, sévère, associée aux autres signes d’un syndrome méningé et à une cervicalgie. Elle peut aussi être isolée, progressive sur plusieurs heures, ou disparaître rapidement, notamment en cas d’HSA de faible abondance (céphalée «sentinelle» d’une rupture d’anévrisme, précédant une HSA massive). Elle peut s’associer à des crises comitiales, un déficit focal, une paralysie du III (anévrisme de l’artère communicante postérieure ou de la terminaison carotidienne) et/ou un trouble de conscience.
  • Une HSA sans anévrisme identifié peut être un SVCR.

2. Syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible (SVCR)

  • Le SVCR est la cause de 10 à 45 % des céphalées en coup de tonnerre aux urgences, mais il reste sous-diagnostiqué car c’est un syndrome de description récente (2007).
  • Le SVCR est dû à une vasoconstriction des artères cérébrales, réversible en 3 mois. Il peut se compliquer d’hémorragies (HSA ou hémorragie cérébrale) ou d’infarctus cérébraux.
  • La céphalée typique est explosive, en coup de tonnerre, typiquement plus courte que celle de l’HSA anévrismale. Chaque épisode dure 5 minutes à plusieurs heures et se répète sur 1 à 3 semaines, volontiers provoqué par l’effort, l’émotion, le Valsalva ou l’activité sexuelle.
  • La céphalée peut s’associer à une poussée hypertensive, des crises comitiales et/ou un déficit focal.
  • Un contexte de post-partum, d’exposition à des substances vasoactives (cannabis, cocaïne, antidépresseur sérotoninergique, décongestionnant nasal ou triptan) ou de stress est évocateur.

3. Causes plus rares de céphalée à début brutal

    • autres hémorragies intracrâniennes;
    • infarctus cérébraux 
    • tumeurs cérébrales (rare cause de céphalée brutale) ;
    • sinusite aiguë (notamment sphénoïdale) : diagnostic d’exclusion
    • dissections cervicales carotidiennes ou vertébrales;
    • TVC;
    • encéphalopathie postérieure réversible (PRES) et encéphalopathie hypertensive ;
    • artérite temporale ;
    • nécroses pituitaires (c’est un infarctus de l’hypophyse) ;
    • AVC ischémiques;
    • syndrome d’hypotension intracrânienne.

Principales causes de céphalée récente d'aggravation progressive

Les causes sont encore plus diverses que celles à l’origine des céphalées brutales. En effet, toutes les causes de céphalées brutales peuvent aussi se révéler par des céphalées progressives.

1. Méningites et méningo-encéphalites

Une céphalée fébrile avec syndrome méningé oriente vers une méningite infectieuse aiguë. La fièvre peut toutefois manquer et la raideur méningée être absente (d’où la règle de faire une PL devant toute céphalée inhabituelle après une imagerie normale). Au cours de certaines méningo-encéphalites lymphocytaires, la céphalée est au premier plan (avant l’apparition de signes focaux, troubles de la conscience ou crises comitiales); un traitement anti-herpétique (acyclovir) doit être démarré au moindre doute sans attendre la confirmation virologique (recherche par PCR du virus HSV). Certaines méningites infectieuses (méningite tuberculeuse) peuvent donner une céphalée progressive chronique et insidieuse évoluant sur des semaines ou des mois en l’absence de diagnostic.
Les méningites aseptiques sont retrouvées au cours de certains cancers et maladies inflammatoires.

2. Syndromes d’hypertension intracrânienne (HTIC)

  • L’HTIC symptomatique est une urgence, en raison du risque d’engagement. L’imagerie cérébrale par scanner ou mieux IRM (sans puis avec injection) recherche une hydrocéphalie ou un processus expansif (tumeur, abcès, hématome sous-dural). Si ces étiologies sont éliminées, la PL avec prise de pression confirme l’HTIC, élimine une méningite chronique et impose la recherche d’une cause vasculaire non vue sur l’imagerie initiale, comme une TVC.
  • L’HTIC idiopathique touche avec prédilection les jeunes femmes obèses. La céphalée est celle d’une HTIC. Les éclipses visuelles sont évocatrices. Le fond d’œil montre un œdème papillaire; la principale complication est la cécité par atrophie optique. L’IRM ne retrouve pas les causes classiques d’HTIC symptomatique mais peut montrer une selle turcique vide, une dilatation de la gaine des nerfs optiques et des sténoses des sinus veineux transverses. Le diagnostic est basé sur la mesure de la pression du liquide cérébrospinal (LCS) par PL en position couchée (>25 cm d’eau) et l’exclusion de causes médicamenteuses et endocriniennes.

3. Syndromes d’hypotension intracrânienne

  • La céphalée post-ponction durale est provoquée par une baisse de pression du LCS et apparaît quelques heures après une brèche durale iatrogène (PL, péridurale, rachianesthésie…). Elle est progressive ou soudaine. Le diagnostic est clinique, basé sur la mise en évidence d’une céphalée posturale orthostatique qui apparaît en position debout ou assise, et disparaît en moins de 15 minutes en décubitus (à plat sans coussin). Le scanner cérébral est normal. L’IRM montre les mêmes anomalies que dans une hypotension intracrânienne spontanée, mais elle n’est pas nécessaire dans les formes typiques.
  • L’hypotension intracrânienne spontanée est due à une fuite de LCS par une brèche durale spontanée ou apparue après un traumatisme rachidien mineur. La céphalée débute souvent progressivement (85 %) mais peut être brutale (15 %). Elle est typiquement posturale, avec cervicalgies, acouphènes, hypoacousie, nausées, et parfois diplopie horizontale par paralysie du VI. L’IRM cérébrale montre un rehaussement intense des méninges après injection de gadolinium, un déplacement crânio-caudal des structures encéphaliques, une dilatation des sinus veineux et parfois un aspect collabé des ventricules. Elle peut se compliquer d’un hématome sous-dural ou d’une TVC aggravant les céphalées et leur faisant perdre leur caractère postural.
  • Le traitement repose sur l’injection péridurale lombaire de sang autologue pour obstruer la brèche (blood-patch).

4. Céphalée post-traumatique aiguë

Une céphalée post-traumatique aiguë apparaît par définition moins de 7 jours après un traumatisme crânien. La possibilité d’une céphalée secondaire plus grave (dissection, hématome sous-dural) doit être systématiquement évoquée et exclue par une imagerie appropriée.

5. Maladie de Horton ou artérite temporale

Toute céphalée inhabituelle chez un sujet > 50 ans doit faire évoquer une maladie de Horton, y compris en l’absence du tableau classique (altération de l’état général [AEG], douleurs des ceintures, claudication de la mâchoire). Le diagnostic repose sur la mesure de la CRP à la recherche d’un syndrome inflammatoire, l’exclusion des diagnostics différentiels (imagerie cérébrale), et la réalisation d’une biopsie de l’artère temporale (artérite giganto-cellulaire). La corticothérapie est débutée avant les résultats de la biopsie. Son efficacité est spectaculaire et la persistance des douleurs au-delà de 4 jours de traitement amène à reconsidérer le diagnostic.

6. Affections ophtalmologiques et ORL

  • Les sinusites aiguës provoquent des céphalées intenses, augmentées par le fait de pen- cher la tête, le décubitus et/ou la pression des régions sinusiennes. Les douleurs sont parfois isolées, sans décharge nasale (sinusite bloquée); la fièvre est inconstante. Le diagnostic repose sur l’examen ORL et le scanner des sinus.
  • Un glaucome aigu à angle fermé est évoqué devant une douleur périorbitaire sévère, avec une rougeur oculaire, un trouble visuel unilatéral (baisse d’acuité, halos lumineux) et parfois une mydriase modérée aréactive. Le diagnostic repose sur la mesure de la pression intraoculaire.

7. Causes métaboliques, toxiques et médicamenteuses

  • Intoxication au monoxyde de carbone (CO) : gaz inodore et incolore, le CO est émis par un système de chauffage à combustion défectueux. L’intoxication au CO se manifeste tout d’abord par une céphalée progressive puis d’autres signes (vertiges, troubles visuels, asthénie, sensation ébrieuse, troubles de conscience). Le diagnostic repose sur le dosage du taux de carboxyhémoglobine (HbCO) qui détermine la gravité (si > 30 % : céphalée sévère avec confusion puis coma). Un bilan cardiaque (ECG, enzymes cardiaques) recherche une myocardiopathie. Le traitement repose sur l’oxygénothérapie hyperbare et l’éradication de la source de CO.
  • Les traitements suivants sont fréquemment la cause de céphalées : inhibiteurs de la phosphodiestérase, dipyridamole, dérivés nitrés, anticalciques (sauf flunarizine). La liste n’est pas exhaustive.
  • Une céphalée progressive quotidienne doit faire rechercher un syndrome d’apnée du sommeil, une anémie et une dysthyroïdie.

8. Neuropathies crâniennes douloureuses

Les neuropathies crâniennes douloureuses entraînent des douleurs strictement localisées au territoire sensitif d’un nerf innervant la face ou les muqueuses (V, VII bis, IX) ou le crâne (grand nerf occipital). Selon la nature de la douleur, elles comprennent :

  • les névralgies, douleurs sévères, brèves (quelques secondes), à type de décharge électrique, déclenchées par un stimuli indolore d’une zone cutanée appelée « zone gâchette ». On distingue les névralgies classiques par conflit vasculo-nerveux, secondaires et idiopathiques (sans cause identifiable).
  • les douleurs neuropathiques, douleurs continues à type de brûlure. Il y a parfois quelques décharges électriques. On distingue les formes secondaires et idiopathiques.

Références